Dès le 14 octobre, allez à la rencontre du passé dans une romance gothique visuellement somptueuse…

Lundi 28 septembre, BBCthulhu et moi nous sommes rendus à l’avant première de Crimson Peak de Guillermo Del Toro, en présence de son réalisateur et de Tom Hiddleston et Mia Wasikowska à l’UGC Bercy, et, après moult tumultes, je me permets d’en faire ici une petite critique sans spoiler.

 

 

 

Il faut tout d’abord savoir que Crimson Peak est magnifique. Un chef d’œuvre visuel d’une grâce et d’une beauté qui semblent tout droit sorties des pages d’un roman gothique. Certes, l’ensemble ne touche pas par son inscription dans le réel. Crimson Peak est un tableau, un rêve de beauté au sein d’une maison de poupée mourante et saignante, qui mériterait un Oscar pour ses décors et costumes. Ceux-ci sont, de la bouche de Del Toro lui-même, amoureusement travaillés et faits main. Ainsi, nous glisse-t-il avec enthousiasme, chaque élément visuel, chaque contraste, chaque lumière, chaque ombre raconte l’histoire d’Edith, de Thomas et de Lucille. En un film peuplé de fantômes vivants et de vivants fantomatiques, Del Toro nous parle d’amour et de mort, de monstruosité et de désirs. Un classique qu’il est fier d’avoir inscrit dans la modernité cinématographique.

 

L’introduction du film par le trio fut remarquablement instructive. Outre le magnifique cadeau fait par Tom Hiddleston au public parisien – une présentation du film en français, s’il vous plaît, où l’on apprit notamment que “le film est comme une peinture et [qu’il] l’aime beaucoup.” et que “c’est une histoire de fantômes, mais les fantômes sont des emblèmes d’amours interdits.” – celle-ci a mis en lumière quelques importants aspects du film. La passion de Del Toro pour l’horreur ne sera une nouveauté pour personne, en revanche, nous apprend-t-il, cette romance gothique renverserait la politique des genres du genre, ainsi que la vision gothique classique de la violence et de la sexualité. J’expliquerai plus loin en quoi je suis à la fois en accord et en désaccord avec cette lecture. Ce film aurait aussi une touche féminine (et non PAS FÉMINISTE, erreur de traduction que s’empressa de corriger Guillermo, qui tient visiblement à sa touche féminine… ou ne veut pas de qualificatif féministe, qui sait?).

 

Il est vrai que la prestation de Mia Wasikowska fait le film. Si sa grâce et son physique de femme-enfant ont déjà été exploités dans des films comme Alice in Wonderland (Tim Burton, 2010), ils sont ici accompagnés d’une volonté de fer, d’une force et d’une intelligence pleine de sensibilité. Dans la peur comme dans la détermination, Edith l’écrivaine, véritable Mary Shelley vivant ses propres romans, nous entraîne dans ses pas, à la suite de ses voiles blancs et de ses robes victoriennes.

 

Les codes vestimentaires ou esthétiques que Del Toro utilise sont connus, simples à lire, mais jamais au point d’en devenir ennuyeux. Le choix de Tom Hiddleston pour incarner le baronet Thomas Sharp, qui porte le masque du noble anglais charmant, est un coup de maître. Véritable Dandy tragique, amoureux éperdu ou froid manipulateur, il amène à son personnage fragilité et vulnérabilité, avec tout son talent d’acteur shakespearien. Peu d’acteurs sont capables de jouer avec une telle sincérité l’amour et la passion amoureuse. Ainsi interprété, Thomas devient un personnage nuancé, sculpté dans les ombres et la lumière, dans les contrastes. J’ai été par ailleurs ravie, en tant qu’ancienne fan de Supernatural, de retrouver Jim Beaver, dans un rôle qui s’il lui est certes familier, n’en est de ce fait que plus convaincant.

 

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Crimson Peak – Photo Officielle

 

Mais c’est par Edith, encore, par Mia Wasikowska, que le genre se renouvelle. D’une touchante innocence – qui n’est jamais opposée à son intelligence – féminine, romantique, elle est tout aussi déterminée et maîtresse d’elle-même et de son destin.  Ce n’est pas tant qu’ Edith renverse la représentation des genres plutôt qu’elle s’en débarrasse complètement. Mia Wasikowska et son Edith sont, vous l’aurez compris, le grand succès de Crimson Peak.

 

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Crimson Peak – Photo Officielle

 

Je n’en dirais pas autant de Lucille. Quoique l’interprétation de Jessica Chastain soit impeccable, à la mesure de son talent et glaçante, le rôle en lui-même reste très classique, tant dans ses ambitions que dans son histoire et sa noirceur. Je ne peux en dire plus sans gâcher la surprise, si surprise il y a, mais c’est le rôle de Lucille, et sa relation avec Thomas, qui m’ont le plus déçue.  Malgré cette faiblesse, la rencontre, la relation, l’opposition de ces deux femmes est l’un des points forts du film.

 

Crimson Peak

Crimson Peak – Photo Officielle

 

De fait, au niveau scénaristique, Crimson Peak reste assez prévisible et l’histoire est parsemée de petites incohérences. Elles ne portent pas à conséquence en cela que l’on se laisse tout de suite emporter par la sombre magie de cet univers onirique. J’ai attendu durant tout le film d’être surprise par le scénario et ne l’ai au final pas été.  Il est assez facile, tôt dans le film, de deviner vers quoi il se dirige et si la violence et le sang ont leur esthétique propre, si les séquences finales sont jouissives, elles n’en sont pas pour autant surprenantes. Cela n’a pas, cependant, gâché mon expérience. L’histoire est un conte, un conte gothique, classique, mais totalement prenant par son atmosphère, sa photographie et ses acteurs et actrices.

 

De par un visuel magistral, une ambiance oppressante et jouissive et un casting superbe, Crimson Peak restera, je n’en doute pas, un de mes films favoris. J’y reviendrai de nombreuses fois, ne serait-ce que pour voir et revoir encore Tom Hiddleston, Jessica Chastain et Mia Wasikowska danser leur bal horrifique au son du piano et du passé, des cris des fantômes et des plaintes lancinantes des amours impossibles.

Post-scriptum : J’aurais aimé que l’on ait véritablement droit au cunnilingus promis par le trailer. Si j’ai apprécié à sa juste valeur le contraste du corps nu de Tom Hiddleston et de la beauté vêtue de Mia Wasikowska, pourquoi avoir stoppé là ce moment, qui aurait pu donner une autre ampleur féministe au film ?

Une petite citation de Guillermo Del Toro pour conclure:

“It doesn’t work quite as a scary movie more like an eerie movie where the scariest things are the humans.”

“Ce n’est pas tant un film d’horreur qu’un film angoissant, dans lequel ce qui effraie le plus ce sont les humains.”

 

“Love makes monsters of us all…”

 

 

Crimson Peak

Directed by Guillermo Del Toro

Written by Guillermo Del Toro and Matthew Robbins

Runtime: 119 minutes

With Mia Wasikowska, Tom Hiddleston, Jessica Chastain, Charlie Hunnam, Jim Beaver…

Written by Meique

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