LUCY. LUCY. Comment parler de LUCY ? Luc Besson a réalisé un hybride étrange, à base de film d’action et de science-fiction, avec une once de pseudo (j’insiste sur le pseudo) science/philosophie.

 

 

 

 

 

 

Scarlett Johansson, Lucy donc, jeune étudiante, se retrouve mule dans un trafic de drogue d’une organisation criminelle via un rencard malheureux. Après que Lucy a été battue par l’un de ses ravisseur, la poche se perce et la drogue se répand dans son organisme, débloquant ses capacités cérébrales insoupçonnées jusqu’à… aha. Pas de spoiler. Car c’est là tout le sujet du film. Nous n’utiliserions que 10% de notre cerveau, mais que se passerait-il si nous pouvions avoir accès à davantage ?

 

Bon. Partant de là, je me dois de souligner quelque chose. LUCY n’est pas un film scientifique, dans aucune des acceptions du terme. Il n’éduque en rien le public sur les avancées en neuroscience, ou sur les théories et hypothèses développées et présentées dans ce domaine. La “théorie des 10%”, comme on pourrait la nommer, et sur laquelle le film repose est fallacieuse. Mais pour être honnête, je ne pense pas qu’être scientifiquement solide soit l’objectif du film. Je ne lui en tiendrai donc pas rigueur.

 

Ma critique la plus importante se trouve ailleurs.

 

Je vous propose de lire cet article (attention, cependant, il et en anglais et décrypte le film complètement), pour ce qui concerne la suppression des personnes de couleur des histoires et mythes de la création au cinéma. Andre Seewood donne des pistes de réflexion intéressantes.

 

En ce qui me concerne, le film pèche en particulier par la structuration de la violence et de l’action. Que l’on soit bien clair. J’ai regardé et su apprécier l’esthétique violente d’un Kill Bill (Quentin Tarantino), en revanche, dans le cas de LUCY, j’ai surtout été agacée par ces gangsters (forcément asiatiques) qui passent les frontières avec armes à feu (!) et lance-rockets (!!) et tirent impunément sur tout ce qui bouge. Ou se font tuer. Quand bien même auraient-ils déjà le dit lance-rocket en France, cela ne fait que nuire à la crédibilité de l’ensemble. Si l’armée avait tenté d’arrêter Lucy, j’aurais été davantage convaincue. Bien sûr, le méchant gangster est un antagoniste beaucoup plus consensuel. Mais il y a des limites. Dans le cas de LUCY, l’ennui pointe son nez. La violence brute qui ouvre le film m’a, sur le plan personnel, dérangée. Elle était à la fois trop crue, et trop esthétisée (le parallèle avec des scènes du monde animal m’a paru particulièrement ridicule). Les scènes de tir qui rythment le film m’ont, elles, ennuyées.

 

Le film réussit, en revanche, l’exploit d’avoir une course poursuite quasiment sans antagonistes. Autrement dit une course sans poursuite, en quelque sorte. Ce qui n’est pas désagréable.

 

Je suis davantage intéressée par l’esthétique du film et par la quête de Lucy.

 

Lucy n’est pas en quête de revanche. A partir du moment où elle absorbe la drogue et devient surhumaine, Lucy cherche à comprendre. Que faire ? Que faire lorsque tout le savoir de l’univers explose en vous ? Où aller ? Survivre, d’abord. Mais pourquoi ? Mourir, ensuite ? Peut-être ? Et entre les deux ? Contrairement à un Kill Bill, justement, LUCY n’est pas un film de vengeance, mais une quête humaine. Que la science qui se trouve derrière soit ou non pertinente n’est pas, à mon avis, le sujet. Lucy est, sur ce point, un film de science-fiction, avec une science qui est, justement, en majeur partie fiction. Mais sur le fond, c’est vers le divin en l’humain que Lucy se dirige. Ce divin qui est à part égale mystère et connaissance. Ou plutôt, connaissances, au pluriel. Les effets spéciaux, parfois aidés par une bande sonore intéressante (signée Eric Serra), participent en cela d’une esthétique qui ne m’a pas laissée indifférente, surtout tout à la fin du film.

 

J’aurais aimé que tout cette quête de sens soit davantage développée, plutôt que d’avoir une série de mitrailles entre Asian men-in-black et policiers.

 

Le cast est peut-être ce que le film a de meilleur. Scarlett Johansson montre son talent d’actrice, tant au travers de la jeune Lucy terrorisée, que de la nouvelle Lucy, surpuissante et de plus en plus inhumaine. Morgan Freeman, l’autorité mondiale vers laquelle elle se tourne est égal à lui-même, et parvient à apporter une touche émotionnelle appréciable au film. Humble devant Lucy et son savoir, conseiller dans sa quête, il est aussi celui qui recueille son héritage. Je ne parlerai pas de façon extensive de Min-Sik Choi, le chef des gangsters, ces antagonistes surréalistes, mais il fait au mieux avec ce qui lui ait donné. Je m’attarderai davantage sur Amr Waked, qui rayonne. Non pas qu’il ait un rôle étendu, mais il laisse sa marque. J’ai beaucoup apprécié son jeu. En outre, comme le reste du caste francophone jouant des personnages français, il parle français (ce qui, je le rappelle, continue de poser problème à Hollywood, et je ne parlerai même pas des personnages « allemands » des grosses productions US). D’autre part, voilà un acteur égyptien dans un film grand public, et il ne joue pas un terroriste ! Je sais, cela devrait aller de soi, mais sincèrement je ne crois pas que ce soit le cas. Quand on voit le White-washing qui semble être toujours au goût du jour (Exodus, je te regarde, mais je n’irai pas te voir), avoir Amr Waked en soutien de Lucy est agréable. Il a également ce qui est peut-être la meilleure réplique du film qu’un personnage masculin puisse adresser à un personnage féminin, en ces temps de sexisme cinématographique. J’avoue, je pousse le bouchon exprès. Mais je ne nierai pas avoir eu un sourire en l’entendant répliquer à Lucy qu’il n’était pas certain de lui être utile. En tout cas, ce qui est certain, c’est qu’il est plus qu’utile au film lui-même. Celle qui l’est moins, utile s’entend, c’est la mère de Lucy, que celle-ci a brièvement au téléphone. Si ma fille m’appelle et me tient le discours que Lucy lui tient, je me ferais un souci monstre, et je lui demanderais si elle est droguée, voire sauterais dans un avions pour aller la chercher. Mais non, la mère de Lucy reste tout à fait indifférente. Curieux. Mais passons…

 

En fin de compte, LUCY n’est pas, à mon humble avis, un grand film. Le cast, bien qu’impressionnant, ne suffit pas à palier les défauts d’une narration parcellaire qui ne s’attarde pas assez sur ce qui aurait pu être une réflexion intéressante sur l’humain. D’un autre côté, l’action n’est pas suffisante pour être jouissive, la « badassery » de Scarlett Johansson n’est pas assez présente (on en voit l’essentiel dans la bande annonce) pour en faire l’attrait majeur du film. Scarlett Johansson, en revanche, est en elle-même le principal atout de LUCY. A ce titre, n’allez pas le voir en français si vous pouvez l’éviter. Sérieusement. Je sais que je le dis à chaque fois, mais c’est vrai. La VO (ici, la voix de Scarlett Johansson) est toujours plus intéressante. Le texte et la voix des acteurs comptent pour beaucoup dans le jeu.

 

Je me rends compte en écrivant cette critique que j’ai retiré du film plus que ce que je ne croyais. Vaut-il le coup qu’on aille le voir ? Je vous laisse juge. En ce qui me concerne, je ne regrette pas de l’avoir vu, mais je n’irai probablement pas le revoir.

 

LUCY

2014

Dirigé et écrit par Luc Besson

Durée : 89 minutes

Avec : Scarlett Johansson, Morgan Freeman, Min-Sik Choi, Amr Waked…

Bande originale: Eric Serra

 

Written by Meique

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